Une nuque plus douloureuse pendant une période chargée, un mal de dos qui prend davantage de place après plusieurs mauvaises nuits… Beaucoup de personnes remarquent que leurs douleurs varient avec leur état de fatigue ou de stress.

Ces variations ne rendent pas la douleur moins réelle. Elles illustrent une caractéristique essentielle : la douleur dépend à la fois du corps, du fonctionnement du système nerveux et du contexte dans lequel nous vivons. Comprendre ces interactions permet d’envisager plusieurs moyens d’agir, sans réduire les symptômes à une seule cause. [1]

Une douleur réelle, influencée par plusieurs facteurs

La douleur est une expérience personnelle, qui comporte une dimension physique et émotionnelle. L’Association internationale pour l’étude de la douleur rappelle qu’elle est influencée par des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Une blessure, une maladie, le sommeil, les inquiétudes ou les difficultés professionnelles peuvent donc participer à l’expérience douloureuse, avec une importance différente selon chaque personne.

Reconnaître l’influence du stress ne signifie jamais que la douleur est imaginaire. Cela ne permet pas non plus d’écarter une cause médicale : une évaluation adaptée reste nécessaire lorsque les symptômes persistent ou évoluent. [1]

Comment le stress peut-il modifier la douleur ?

Le stress mobilise nos capacités d’adaptation face à une situation perçue comme difficile ou menaçante. Il implique notamment des réponses nerveuses et hormonales qui peuvent modifier la façon dont les signaux douloureux sont traités.

Son effet n’est toutefois pas uniforme. Un stress ponctuel peut parfois diminuer temporairement la perception de la douleur ; dans d’autres circonstances, il peut l’augmenter.

Lorsque les difficultés se prolongent, l’inquiétude et l’attention portée aux sensations peuvent contribuer à rendre la douleur plus envahissante. Chez certaines personnes, la peur de déclencher une douleur conduit aussi à éviter progressivement des mouvements ou des activités.

Ces mécanismes sont étudiés, mais leur poids exact reste difficile à déterminer chez un patient donné. Il serait donc réducteur d’attribuer toute douleur persistante au stress, ou à un simple « excès de cortisol ». [2]

La douleur peut, elle aussi, devenir une source de stress

Le lien fonctionne dans les deux sens. Une douleur persistante peut perturber le travail, les loisirs, la vie familiale et la confiance dans son corps. Ne pas comprendre ses symptômes ou craindre leur aggravation peut devenir éprouvant.

Un cercle peut alors s’installer : la douleur augmente les inquiétudes, lesquelles peuvent à leur tour modifier l’expérience douloureuse. Ce phénomène n’est ni systématique ni une faute du patient. Il souligne l’intérêt d’un accompagnement qui tient compte de l’ensemble de sa situation. [2]

Le sommeil, un élément à ne pas négliger

Les relations entre sommeil et douleur sont bien documentées. La douleur peut gêner l’endormissement ou provoquer des réveils, tandis qu’un sommeil perturbé peut favoriser une sensibilité accrue à la douleur.

Une revue des études longitudinales et expérimentales souligne notamment que les troubles du sommeil peuvent précéder l’apparition ou l’aggravation de douleurs persistantes.

Aborder le sommeil fait donc partie d’une prise en charge cohérente. Cela ne garantit pas la disparition des douleurs, mais une insomnie durable mérite d’être discutée avec un professionnel de santé. [3]

Que peut-on faire concrètement ?

L’objectif est de trouver des leviers adaptés à la personne, à ses symptômes et à ses priorités.

Retrouver une activité progressive. Pour la lombalgie chronique primaire, l’Organisation mondiale de la santé recommande notamment l’éducation et les programmes d’exercice. La reprise doit être individualisée : marcher, renforcer certaines capacités ou reprendre une activité appréciée peuvent constituer des objectifs concrets. Ces recommandations concernent cette forme de lombalgie et ne s’appliquent pas automatiquement à toutes les douleurs chroniques. [5]

Se faire accompagner lorsque les inquiétudes prennent trop de place. Les thérapies cognitives et comportementales peuvent aider à mieux gérer les conséquences de la douleur. Une revue Cochrane regroupant 75 études et 9 401 participants retrouve des bénéfices moyens petits à très petits sur la douleur, le handicap et la détresse, selon le traitement auquel elles sont comparées. Les preuves sont généralement de qualité modérée à faible selon les résultats étudiés. Ce sont des outils utiles pour certains patients, avec des attentes réalistes. [4]

Préserver des moments de récupération. Des pauses, une activité agréable ou quelques minutes de respiration confortable peuvent être essayées pour mieux vivre les périodes chargées. Leur intérêt se juge sur le confort apporté ; elles ne doivent pas devenir une obligation supplémentaire ni être présentées comme un traitement suffisant de la douleur chronique.

Quelle place pour l’ostéopathie et les soins manuels ?

Dans la lombalgie chronique primaire, certaines interventions manuelles, comme le massage ou les manipulations vertébrales, figurent parmi les options proposées par l’OMS au sein d’une prise en charge globale.

Cela ne démontre pas qu’une séance d’ostéopathie traite le stress ou permet de guérir toutes les douleurs persistantes. Les soins manuels peuvent être envisagés comme un complément, en fonction de la situation, aux côtés du mouvement, de l’information et des autres soins nécessaires. [5]

Au cabinet à Aubagne, mon approche consiste à prendre le temps de comprendre vos symptômes, leur retentissement et vos objectifs. L’accompagnement peut associer des soins manuels lorsque cela paraît pertinent, des conseils de mouvement et une orientation vers d’autres professionnels si nécessaire.

Une douleur persistante mérite d’être entendue dans toutes ses dimensions. Prendre en compte le stress permet d’élargir les possibilités d’accompagnement, sans minimiser ce que vous ressentez.

Références scientifiques

  1. Raja SN et al. The revised IASP definition of pain: concepts, challenges, and compromises. Pain, 2020. Consulter sur PubMed.
  2. Timmers I et al. The interaction between stress and chronic pain through the lens of threat learning. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2019. Lire le texte intégral.
  3. Finan PH, Goodin BR, Smith MT. The association of sleep and pain: an update and a path forward. Journal of Pain, 2013. Consulter sur PubMed.
  4. Williams AC de C et al. Psychological therapies for the management of chronic pain (excluding headache) in adults. Cochrane, 2020. Lire la synthèse en français.
  5. Organisation mondiale de la santé. Guideline for non-surgical management of chronic primary low back pain in adults. 2023. Consulter les recommandations.